En compagnie d’Apollinaire

Apollinaire a passé 5 jours à la prison de La Santé pour complicité de vol en 1911. Depuis décembre dernier, avec un groupe de détenus volontaires du centre pénitentiaire de La Santé, et avec Marion Lary, réalisatrice comme moi, nous réalisons un court métrage sur ce que cette expérience de la prison a provoqué sur Apollinaire.

Comment a-t-il vécu cela, qu’en a-t-il dit, écrit, fait ? Lui, dont tout le monde connaît les poèmes aujourd’hui mais qui fut un étranger, rejeté, victime de xénophobie et amoureux fou de la langue française. Très vite, Guillaume apparaît derrière Apollinaire. Dans l’atelier émerge une énergie collective incroyable. On découvre, on imagine, on improvise. Le passé et le présent s’entremêlent. Nous n’avons pas encore fini. Le covid a suspendu les ateliers un moment. Mais ça y est, ça reprend. Il est grand temps.

Le goût du souvenir*

Qu’est-ce qui me pousse à aller, encore et encore aux archives ? La quête, l’enquête, le silence, le papier touché, l’odeur du passé ?

* expression empruntée à Marc Bloch

Au détour d’une image*

* Chantal Akerman in Lettre d’une cinéaste. Prendre des photos est une activité entière pour moi. Alors j’y consacre une promenade, tendue vers l’apparition d’une image comme d’autres attendent celle d’un oiseau. Ces photos ont été prises à Bossay sur Claise.

2021

La vie est ainsi faite à coups de petites solitudes écrit Barthes. 
L’an passé en a apporté son lot. A présent ce banc public face à la mer, serein mais impatient, attend nos retrouvailles. Il se réjouit d’avance du son de nos voix mêlées. 

Das Leben bestehe also aus kleinen Einsamkeiten, schreibt Barthes. Das vergangene Jahr hat seinen Teil dazu beigetragen. Jetzt wartet diese Bank mit Blick aufs Meer, ruhig aber ungeduldig, auf unser Wiedersehen. Sie freut sich auf den Klang unserer gemischten Stimmen. 

A la veille de ne pas partir

Ces derniers temps, mon regard est happé par les tunnels naturels, par la manière dont les arbres, les arbustes, les plantes nous contournent, nous évitent, nous laissent passer, nous montrent le chemin.

Ces photos ont été prises dans la forêt de La Ferme des Ruats, douce et jolie chambre d’hôtes installée dans les contreforts du Morvan https://lafermedesruats.fr et pendant le confinement dans le bois de la Chapelle Hareng dans l’Eure.

Perdre le temps

Je plonge dans le quotidien des personnages, en acceptant leurs règles du jeu, leur cadre. Et je suis prête à prendre mon temps et accepter d’en “perdre” afin de pouvoir capter les gestes et les silences qui disent beaucoup, décrypter les visages, repérer un soupir, le regard dans le vague, et être à l’écoute. Je fais des films où j’aime trouver ma juste place, sans empiéter sur l’intimité que les protagonistes souhaitent préserver. J’aime filmer à hauteur d’homme et de femme avec distance et pudeur, et être ainsi proche d’eux. Être à l’écoute sans porter de jugement, c’est accepter que les distinctions tranchées et les oppositions franches soient moins évidentes. C’est cette épaisseur du réel qui m’intéresse.