Mon film est dehors et je suis confinée à l’intérieur…

J’ai vu notre film des centaines de fois. Et pourtant, tant que je ne serai pas dans une salle de cinéma, je ne l’aurai pas vu.

Aujourd’hui, j’aurais dû être à Nyon pour Visions du Réel. Notre film Retour à Višegrad est en compétition nationale. Et je suis confinée.

Nous sommes tous confinés en France, en Suisse, en Bosnie-Herzégovine, en Serbie et en Slovénie : Antoine Jaccoud, mon co-réalisateur, Amel Djikoli, notre chef opérateur, Igor Iskra, notre ingénieur du son, Vladimir Pavlović, notre traducteur, Ervin Blažević, notre chauffeur et bien plus. Et aussi Budimir Zečević et Djemila Krsmanović, les personnages de notre film, et tous les élèves. Et nos fixers, Milan Višnjevac et Ruzica Marjanović. Et notre productrice Elisa Garbar aussi. Et notre monteur Dejan Savic. Et toute l’équipe de post-production de notre film, Rodney Musso, Jean-Baptiste Perrin, Jérôme Vittoz, Denis Séchaud. Et le musicien de la musique de notre film, Mario Batković.

Septembre 2018, la dernière fois où nous nous sommes tous vus. Ensuite pendant une bonne année, nous avons fait le montage, l’étalonnage, le bruitage, le sound design et le mixage. Fin mars 2020, nous étions prêts. Nous avions prévu de faire une projection privée en Bosnie pour retrouver tous les protagonistes de notre film début avril 2020. Et puis voilà. Il va nous falloir attendre encore un peu.

2020

En 2020,
Je vous souhaite de beaux paysages,
Qu’ils soient lointains ou proches,
Fictifs ou réels
Et d’être à l’écoute de celles et ceux qui vous demanderont :
” dites, qu’avez-vous vu ? “

Regard sur l’année scolaire passée…

Au cours de l’année 2018-2019, j’ai eu beaucoup de plaisir à consacrer du temps à des ateliers dans deux collèges de la Seine-Saint-Denis :

  • une fiction sur l’anarchiste Ravachol avec une classe de 3e de L’Île-Saint-Denis que vous pouvez voir ici
  • un extrait d’une comédie musicale avec une classe de 5e de Montreuil. Pour en savoir plus, c’est ici.

A l’automne, j’ai co-réalisé avec mon collègue Lorenz Findeisen deux formats courts sur les femmes en Irak, après deux séjours à Erbil et Soulaymaniah. Pour voir les films, c’est par là.

Je co-réalise un film en Bosnie avec Antoine Jaccoud. Quelques éléments ici.

En 2019…

Être dehors
Même s’il fait froid et pluvieux
Et aimer ça.
Être attentif au proche comme au lointain
La brume se dissipera – ou pas
Il nous suffit d’accepter le fragile, l’incertain.
Julie B, janvier 2019

n’oubliez pas vos fantômes

j’ai le goût des archives. En parcourant ces lieux silencieux et privilégiés, en humant l’odeur du vieux papier, je me demande : à quoi ressembleront-elles, celles de notre temps où tout est sur support numérique ? qui pourra aller puiser de la matière dans le passé ?

n’avoir rien à faire avec ça

revoir Shoah 28 ans après la première fois. C’était au cinéma de St Germain des Prés, un après-midi. Ou plutôt deux. Dans la salle, pas de publicité, pas de discussion légère entre les spectateurs, ni avant ni après. Un silence absolu. Quelques personnes qui se mouchent.

aujourd’hui je le regarde chez moi en plusieurs fois. Je ne suis pas à l’abri des interruptions. Je préfère donc le regarder très tôt le matin ou très tard le soir. C’est un autre film que je vois. Le temps est passé par là, j’ai vieilli. Je m’intéresse plus à la forme du film qu’avant, forcément. Mais le fond me rattrape.

Telle la parole désinvolte de cette femme de ss, vivant près d’un camp, agacée par les convois et qui au cours de son interview par Lanzmann 25 ans après les faits, d’une main, chasse quelque chose : un souvenir, une image, une mouche ?