Au détour d’une image*

* Chantal Akerman in Lettre d’une cinéaste. Prendre des photos est une activité entière pour moi. Alors j’y consacre une promenade, tendue vers l’apparition d’une image comme d’autres attendent celle d’un oiseau. Ces photos ont été prises à Bossay sur Claise.

2021

La vie est ainsi faite à coups de petites solitudes écrit Barthes. 
L’an passé en a apporté son lot. A présent ce banc public face à la mer, serein mais impatient, attend nos retrouvailles. Il se réjouit d’avance du son de nos voix mêlées. 

Das Leben bestehe also aus kleinen Einsamkeiten, schreibt Barthes. Das vergangene Jahr hat seinen Teil dazu beigetragen. Jetzt wartet diese Bank mit Blick aufs Meer, ruhig aber ungeduldig, auf unser Wiedersehen. Sie freut sich auf den Klang unserer gemischten Stimmen. 

Traverser la frontière à nouveau

in “24 frames” de Abbas Kiarostami

Je me déplace enfin. Il était temps. Même si c’est pour 24 heures. Je reprends ma route. Même si le ciel est gris et les arbres sont nus. Et les immeubles quelconques. Et les villages éteints. Et si les hangars se succèdent encore et encore. Mes yeux ne savent plus où regarder. Ils se réjouissent de voir le paysage qui défile. De voir autre chose. Tout sauf l’habitude, le connu, l’archi connu, tellement connu que mes yeux s’étaient assoupis. Maintenant, ils voient à nouveau.

A la veille de ne pas partir

Ces derniers temps, mon regard est happé par les tunnels naturels, par la manière dont les arbres, les arbustes, les plantes nous contournent, nous évitent, nous laissent passer, nous montrent le chemin.

Ces photos ont été prises dans la forêt de La Ferme des Ruats, douce et jolie chambre d’hôtes installée dans les contreforts du Morvan https://lafermedesruats.fr et pendant le confinement dans le bois de la Chapelle Hareng dans l’Eure.

Perdre le temps

Je plonge dans le quotidien des personnages, en acceptant leurs règles du jeu, leur cadre. Et je suis prête à prendre mon temps et accepter d’en “perdre” afin de pouvoir capter les gestes et les silences qui disent beaucoup, décrypter les visages, repérer un soupir, le regard dans le vague, et être à l’écoute. Je fais des films où j’aime trouver ma juste place, sans empiéter sur l’intimité que les protagonistes souhaitent préserver. J’aime filmer à hauteur d’homme et de femme avec distance et pudeur, et être ainsi proche d’eux. Être à l’écoute sans porter de jugement, c’est accepter que les distinctions tranchées et les oppositions franches soient moins évidentes. C’est cette épaisseur du réel qui m’intéresse.

Qui je filme

Je m’intéresse avant tout à celles et ceux qui sont dans l’ombre et la discrétion, et je veille à ne jamais installer des protagonistes dans un statut permanent de victimes, quel que soit ce qu’ils ont traversé. Je filme la bataille pour la vie menée par des personnages qui ont vécu un effondrement, et toujours je me concentre sur ce qui est vivant, en reconstruction ; la douleur et le passé sont en hors-champs. J’aime les montrer acteurs et actrices de leurs vies.